Premiers Spectacles

 

Jojo était jongleur et équilibriste dans un numéro de casse–coup très risqué ! 

Momo, mon autre voisin et copain d’enfance, un garçon très spécial, au parler précipité, nerveux, exalté, utopiste et poète. Il avait été confié à une nounou malveillante, qui l’avait, paraît-il, corrigé à maintes reprises à grands coups de planche à laver sur le crâne ! Il en avait gardé des séquelles.

Momo dans son habit doré de magicien, osait un numéro de prestidigitateur.

Il puisait ses secrets dans un petit livre offert à Noël, où tous les tours, trucs et trucages magiques étaient dévoilés. Egal à lui-même dans la démesure, Momo se prit au jeu, sûr d\'être en possession de vrais pouvoirs miraculeux ! pendant quelques jours il les a exercé sur tout un chacun, jusqu\'à ce que lassés, on réussisse à le persuader gentiment mais fermement, qu\'il n\'en était rien.

J’avais quant à moi divers casquettes :

Présentateur, conteur, clown, illustrateur sonore.

Perchées sur l’extrême pointe de leurs chaussons roses. Le tutu ébouriffé, tourbillonnant en vaporeuses corolles de papier crépon blanc. Les cousines avaient inventé et répété d’arrache-pied, si on peut dire, une chorégraphie tout à fait crédible.

Après les incontournables figures imposées : chats entrechats, pirouettes et sauts généreux un peu désordonnés, un poil maladroits mais très gracieux ; les voilà lancées jusqu’au vertige dans une valse viennoise aux trois temps enlevés, rythmée et ponctuée par mes soins sur une boîte à chapeau particulièrement résonnante.

Le ballet de danse classique était l’apothéose finale !

Spectacle très réussi, au dire même des quelques parents et adultes présents.
Elles vivent au Canada et aux Etats Unis, des années après on ne peut se retrouver sans évoquer nos spectacles, sans confronter nos souvenirs.

Aujourd’hui encore l’incroyable candeur de ce temps d’enfance déclenche, cachée sous les rires, une pointe d’émotion.
Quels que soient mes jeux, ils cessaient immédiatement !
J’avais vu le diable remonter la rue.

Hameron l’infirmier ; ma bête noire.

Il était loin ; avec la distance, lui et sa mallette bourrée de seringues paraissaient encore tout petits, mais une fois arrivés chez nous, ils s’avéraient être un grand et douloureux danger pour mes fesses !

J’allais aussitôt me chercher une planque !

Vite ! Me glisser sous un lit, m’entortiller dans nos rideaux, me cacher derrière la porte des toilettes. J’étais même prêt à endurer l’inquiétante, l\'écœurante obscurité de notre cave, son humidité rance, ses relents de moisi, ses vieilles toiles d’araignées accrochées à mes cheveux, ses bruits furtifs de souris arpentant l’éternel bric-à-brac.

Cette fois là ils ne tardèrent pas à me débusquer !

Trahi par une toux incessante, spasmodique, incontrôlable.

La coqueluche.

La nuit elle reprenait des forces et redoublait d\'intensité, même plus le temps de récupérer mon souffle entre deux quintes. Je pensais mourir asphyxié.

Devant leur inquiétude croissante,  au bout d’une semaine de traitements inutiles, le toubib a dirigé mes parents sur une forme de soin insolite mais paraît-il efficace. 

L’altitude… Un remède radical, miraculeux.

Des vacances à la montagne ?

Non. Un baptême de l’air !

Une heure de voyage en aéroplane…

A peine croyable !

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