Cousins cousines

 

Quand l’oncle Isidore est revenu vivre à Rabat, j’ai hérité de deux cousins et six cousines. Ils avaient quitté le Maroc pour Israël.

La Terre Promise ? … Un enfer !

Les voilà de nouveau parmi nous. 

L’oncle a vite repris sa place dans la communauté, c’était un excellent coiffeur, mais Paul, un ami français patron du « Biarritz », une énorme brasserie en plein centre l’a aussitôt embauché, comme homme de confiance et caissier.

Certains sont revenus de tout avant même d’y être aller. Ce n’était pas leur cas. Isidore et Rachel, de vrais juifs errants !

Tout recommencer, changer de pays avec neuf enfants, ne leur a jamais fait peur. 

Le dernier est né à Montréal sous moins trente degrés… Malgré l’horrible impression de vivre dans un freezer, ces gens venus d’un pays tempéré variant du très chaud à caniculaire, n’ont jamais eu froid aux yeux. 

J’allais les voir dans l’appartement exigu qu’ils occupaient en attendant mieux.

Le soir ils étalaient des matelas à même le sol. Un dortoir.

Le retour de cette importante branche de la famille enjolivait mon existence.

L’inconfort de sa situation ne m’apparut que bien plus tard.

Entre cousins et cousines des rapports fréquents et très drôles s’établirent, la vie devint beaucoup plus animée.

Marie avait mon âge à deux mois prés, elle me suivait partout, quitte à partager mes jeux de garçons.

On organisait des divertissements, des pique-niques sur la plage, des balades en forêt.

Les nombreux anniversaires et les fête même religieuses étaient aussi pretextes à distractions, mais le grand rêve commun :

« mettre en scène un spectacle »

Le créer, le réaliser, et y jouer un rôle !

Ça mobilisait toute notre énergie.

Des journées entières d’allées et venues discrètes, de fébrilités, d’impatiences, d’activités ésotériques, sous l’œil inquisiteur des adultes.

Les filles se chargeaient de la confection des accessoires et des déguisements.

Elles tiraient l’aiguille toutes ensemble.

Chants, rires, chamailleries, pleurs, fou rire !

Bientôt robes et tutus furent soumis à l’essayage.

Engueulades, pleurs, fou rire !

Les garçons s’occupaient des décors, on empruntait de vieux tapis, des rideaux élimés, on dégottait aussi de vieilles nippes, vêtements et chapeaux usagers.

Ensemble dans une joyeuse course à travers le quartier on allait démarcher notre futur public, annoncer date et heure sur de petites affichettes clouées aux arbres.

Un savoir-faire intuitif nous guidait. On réinventait tout.

Quinze jours avant la première tout le monde était sur le pont, la maisonnée entière réquisitionnée. Les représentations avaient lieu sur la terrasse aux tomettes rouges, interdites d’accès l’été, entre midi et quinze heures sous peine d’insolation ou de brûlures graves. De cette terrasse largement ventée, exposée au souffle puissant de l’Atlantique, on voyait, sauf les jours de brume, l’Océan dérouler ses volutes, scintiller à l’horizon proche.

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